Si vous travaillez dans le secteur créatif ou culturel en tant que freelance, vous avez sans doute déjà vu passer ces deux sigles : CP227 et CP303.01. Et vous vous êtes peut-être demandé pourquoi un contrat relève de l'une plutôt que de l'autre, et ce que ça change concrètement.
C'est une question légitime, qui revient souvent que vous soyez déjà freelance, en passe de le devenir, ou simplement curieux·se de mieux comprendre votre secteur. Voici donc, une fois pour toutes, ce qu'il faut savoir sur les commissions paritaires (CP) et sur les critères qui déterminent laquelle s'applique à votre situation.
Qu'est-ce qu'une commission paritaire, et pourquoi ça vous concerne
Une commission paritaire (CP) est un organe légal qui réunit représentant·es des employeurs et des travailleur·euses d'un même secteur d'activité. Elle fixe les règles qui encadrent l'emploi dans ce secteur : barèmes salariaux minimums, avantages extra-légaux (comme les chèques-repas), conditions de travail, cotisations sociales spécifiques, etc.
Concrètement, la CP sous laquelle vous êtes engagé·e n'est pas un détail administratif : elle détermine une partie de ce que vous touchez et de ce à quoi vous avez droit. C'est pour ça que la question revient si souvent et c'est légitime.
CP227 vs CP303.01 : ce que chacune couvre
La CP227 est la commission paritaire pour le secteur audiovisuel au sens large. Elle encadre les métiers liés à la production audiovisuelle dans son ensemble.
La SCP303.01 (sous-commission paritaire de la CP303) est spécifiquement dédiée à la production de films de long métrage. Contrairement à CP227, son champ d'application est donc beaucoup plus restreint : il ne couvre pas la production audiovisuelle en général, mais bien ce type de production précis.
Ce n'est donc pas la nature d'une mission ponctuelle qui détermine la CP, mais bien l'activité principale de l'employeur : celui-ci travaille-t-il principalement à la production de longs métrages, ou développe-t-il plutôt différents types de productions audiovisuelles, sans focus spécifique sur le long métrage ? Une entreprise relevant de la CP227 peut d'ailleurs elle aussi produire ponctuellement un long métrage, sans que cela change sa CP.
Comment Amplo choisit sous quelle commission paritaire sera fait votre contrat
Le principe est simple : Amplo suit la commission paritaire du client, en fonction de l'activité principale du client. Ce n'est pas Amplo qui « choisit » une CP par préférence : c'est l'activité concrète du client qui la détermine.
C'est ce qui explique pourquoi la majorité des clients avec lesquel·les nous collaborons relèvent de la CP227.
Et c'est là un point important à retenir : il ne s'agit pas de savoir quelle CP est « meilleure », mais quelle CP correspond à la réalité de l'activité exercée. Chaque commission paritaire a son propre ensemble de conditions salariales et de travail, adapté aux besoins d'un secteur spécifique (nous les détaillons plus bas). Ce qui compte, pour Amplo comme pour vous, c'est que le contrat reflète fidèlement cette réalité, c'est ce qui garantit sa validité juridique et votre protection en tant que travailleur·euse.
Ce que ça signifie concrètement pour vous
Barèmes et cotisations
CP227 : les barèmes salariaux reposent sur une classification de fonctions établie depuis 2009 (54 fonctions de référence), avec un salaire minimum déterminé par la catégorie de fonction et l'ancienneté. Ces barèmes sont indexés régulièrement selon l'indice-pivot — dernière indexation le 1er mars 2026 (+2%). Un·e travailleur·euse CP227 a droit à 3 primes : une prime de fin d'année (329,88€ brut pour une année complète travaillée, calculée au prorata sinon), une prime annuelle indexée, et des éco-chèques (100€/an pour un temps plein, obligatoires pour les employeurs établis après le 30 juin 2011).
CP303.01 : les barèmes reposent sur 10 catégories d'emploi définies par convention collective, l'ancienneté étant calculée sur l'expérience acquise dans des secteurs apparentés. Dernière indexation : 1er juin 2026. À noter : les chèques-repas y deviennent par ailleurs obligatoires à partir du 1er septembre 2026 (détails plus bas).
Pour consulter le détail des barèmes par ancienneté : Barèmes CP227 et Barèmes CP303.01 sur mediarte.be.
L'impact sur l'allocation du travail des arts (KWA)
Pour beaucoup de freelances, c'est l'aspect le plus concret. C'est aussi ce qui explique pourquoi certain·es préfèrent être rémunéré·es selon les barèmes de la CP303.01.
Lorsque vous bénéficiez de l'allocation du travail des arts, l'ONEM peut vous imposer une période non indemnisable, calculée selon ce qu'on appelle la règle de conversion négative, une règle qui s'applique en principe à tout revenu perçu en tant que travailleur·euse salarié·e.
Une exception importante s'applique toutefois aux prestations rémunérées selon les barèmes de la CP303.01 : parce que l'industrie du film se caractérise par des périodes de travail courtes mais intensives, ces revenus sont automatiquement neutralisés dans le calcul de cette période non indemnisable.
Ce que peu de gens savent : cette neutralisation ne concerne pas seulement les travailleur·euses employé·es par une société relevant formellement de la CP303.01. Elle peut aussi s'appliquer dès que ces deux conditions sont réunies :
• les prestations sont rémunérées selon les barèmes de la CP303.01 ;
• elles s'inscrivent dans une production de long métrage (hors séries et publicités).
Dans ce cas, c'est au producteur du film de compléter l'attestation nécessaire, via le formulaire C188.02 de l'ONEM.
La procédure complète et les points d'attention pratiques sont détaillés dans cet article dédié. Vous y trouverez toutes les infos pour vérifier si ce mécanisme s'applique à votre situation.
Chèques-repas et éco-chèques : ce qui change en septembre 2026
À partir du 1er septembre 2026, les entreprises relevant de la CP303.01 qui n'octroient pas encore de chèques-repas devront en instaurer, dans la mesure où elles entrent dans le champ d'application de la CCT concernée. Celles qui en accordent déjà verront la valeur nominale augmenter de 2 euros, entièrement à charge de l'employeur.
Côté CP227, il n'existe pas d'équivalent en chèques-repas, l'avantage extra-légal comparable y prend la forme d'éco-chèques annuels (100€ pour un temps plein), obligatoires depuis 2011 pour les employeurs établis après le 30 juin 2011. C'est un bon exemple concret de la façon dont chaque CP structure différemment ses avantages, en fonction des réalités propres à son secteur.
Les idées reçues qu'on entend souvent
« Mon précédent prestataire de payroll travaillait sous une autre CP, pourquoi pas vous ? »
Ce n'est pas un choix arbitraire d'Amplo, ni un choix « moins avantageux » pour vous. Amplo suit la CP qui correspond à la réalité de votre client, pas une CP fixe imposée à tout le monde. C'est d'ailleurs pour ça que des missions similaires peuvent, dans la pratique, relever de CP différentes : simplement parce que les organisations concernées ont une activité principale différente.
« Une CP est objectivement plus avantageuse que l'autre »
C'est une idée reçue tenace. Chaque commission paritaire a son propre ensemble de conditions salariales et de travail, adapté aux besoins d'un secteur spécifique. Il ne s'agit donc pas de « meilleur » ou « moins bon », mais de ce qui correspond le mieux à la réalité professionnelle dans laquelle vous évoluez.
En résumé
• La CP n'est pas un détail : elle détermine vos barèmes, vos avantages et certains droits liés à votre statut.
• Amplo suit la CP du client, pas une préférence maison, la majorité des clients avec lesquel·les nous collaborons relèvent simplement de la CP227.
• Il n'y a pas de CP « meilleure » dans l'absolu : chacune correspond à des réalités professionnelles différentes.
• Ce qui compte pour nous, c'est que votre contrat reflète fidèlement votre activité réelle, c'est ce qui vous protège.
Une question sur votre situation précise ? Chaque cas est unique : n'hésitez pas à contacter notre équipe pour qu'on l'examine ensemble.